Libération met sous C.C. un article sur la conférence de rédaction de Charlie Hebdo dans ses locaux

Grace à la mise sous licence C.C. by-sa 3.0 par le journal Libération de son article sur la conférence de rédaction du Charlie Hebdo dans ses locaux, il est possible pour chaque médias de reprendre cet article. En effet, grâce à cette licence, vous avez la possibilité de :

  • Adapter. Donc remixer, transformer et créer à partir du matériel.
  • Et cela est valable pour toute utilisation, y compris commerciale.
  • L’Offrant ne peut retirer les autorisations concédées par la licence tant que ces points sont appliqués sans faux pas.

licence_cc_by-sa_big

Le premier logo à gauche fait référence à la licence C.C. Les deux autres, qui peuvent être présents dans le cadre de la C.C. by-sa 3.0, imposent de nouvelles obligations aux personnes réutilisant l’article. le signe du milieu fait référence à l’attribution de l’oeuvre, ici l’article, qui doit être mentionné, c’est à dire le nom de l’auteur cité. Et s’il modification il y a eu, ces dernières doivent être mentionnées. Le signe de droit signifie un partage dans les Mêmes Conditions. Dans le cas où vous effectuez un remix, que vous transformez, ou créez à partir du matériel composant l’œuvre originale, vous devez diffuser l’Oeuvre modifiée dans les même conditions, c’est à dire avec la même licence avec laquelle l’œuvre originale a été diffusée. La mention « no additionnal restrictions » ne permet pas à l’utilisateur d’apporter des mesures même légales au contenu qui empêcherait quiconque d’utiliser le contenu en accord avec cette licence.

Dans le cas de l’article de Libération, voici ce qui était prévu : « Libération ayant été le seul média à pouvoir être présent lors de cette conférence de rédaction, cet article – à l’exception de la photo qui l’illustre – est exceptionnellement publié sous la licence Creative Commons CC BY-SA 3.0 (il faut citer l’auteur, et réutiliser la même licence), afin de permettre sa diffusion par les autres médias. »

Bien sur, si l’usage que l’on souhaite faire de l’article est couvert par une exception du droit d’auteur, il n’est pas obligé de respecter les termes de la licence, Il en va de même pour les éléments de l’œuvre qui appartiennent au domaine public. En l’espèce, l’article est 100 % dans le domaine privé. L’usage fait ici sur le blog ne rentre pas dans les exceptions prévues par la loi, comme l’exception de courte citation, la parodie, ou encore l’exception pour usage pédagogique.

d’autres droits viennent s’ajouter ici et peuvent restreindre ce qui est autorisé par la licence, comme les droits moraux, le droit  l’image ou encore le droit sur les données personnelles.

images

Les journalistes rescapés de l’attentat ont repris le travail ce vendredi. Avec les morts et les blessés en tête, pour sortir un journal mercredi.

En tout, la conférence de rédaction de Charlie Hebdo aura duré plus de trois heures. C’est qu’en plus du chemin de fer, des sujets, des deadlines, il faut aussi ce vendredi matin parler des morts, des blessés, des hommages, des obsèques. La salle du hublot, où Libé tient habituellement sa réunion quotidienne, est occupée pour l’occasion par les rescapés de l’hebdo satirique. La pièce, éclairée d’un côté par une grande fenêtre ronde, est à la fois surchauffée et ouverte aux quatre vents pour laisser filer la fumée de cigarettes.

Posés sur la grande table ronde, des ordinateurs prêtés par le groupe Le Monde. Assis tout autour, Willem, Luz, Coco, Babouse, Sigolène Vinson, Antonio Fischetti, Zineb El Rhazoui, Laurent Léger… En tout, plus de 25 personnes, mines grises et yeux bouffis, noyau dur, proches ou collaborateurs occasionnels, sont là pour préparer le prochain numéro de Charlie Hebdo. Il doit sortir mercredi prochain, et sera tiré à un million d’exemplaires, soit vingt fois environ leur tirage habituel.

« J’ai pu voir tout le monde à l’hôpital. » Gérard Biard, le rédacteur en chef de Charlie, commence par là. « Riss a été blessé à l’épaule droite mais le nerf n’est pas touché. Il a évidemment très mal. La première chose qu’il a dite, c’est qu’il n’est pas sûr qu’on va pouvoir continuer à faire le journal. » Fabrice Nicolino, touché à plusieurs reprises dans l’attentat, « va mieux », même s’il « souffre évidemment beaucoup ». Patrick Pelloux, urgentiste et chroniqueur à Charlie, explique alors la blessure à la mâchoire d’une autre victime, Philippe Lançon, également journaliste à Libé. Simon Fieschi, leur webmaster, a quant à lui été « placé en coma artificiel ». Une jeune femme s’effondre. « Tu n’as pas à te sentir coupable ! », la réconforte Gérard Biard. Tout le monde hoche la tête en silence. Celle qui pleure, c’est la journaliste Sigolène Vinson, présente à la rédaction au moment du drame mercredi mais épargnée par les agresseurs.

Biard enchaîne sur les morts. Comment organiser les obsèques ? Et l’hommage national ? Avec quelle musique ? Quand même pas des drapeaux ? « Il ne faut pas une symbolique qu’eux-mêmes auraient détestée, note quelqu’un autour de la table. On a tué des gens qui dessinaient des petits bonhommes. Pas des étendards. Il faut qu’on rappelle la simplicité de ces gens, de leur travail. Nos amis sont morts, mais on ne va pas les exposer sur la place publique. » Tout le monde acquiesce.

Une journaliste explique qu’une cagnotte, créée spontanément sur internet par des inconnus, a déjà récolté 98.000 euros en moins de 24 heures. L’avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka, prend la parole. « Il y a de l’argent qui arrive de partout. Des aides, des locaux, du personnel pour gérer les demandes… » « On a reçu du soutien de très nombreux médias, lui fait écho Christophe Thévenet, autre avocat du titre. Il y a les dons, déjà les 250.000 euros via l’association Presse et pluralisme, le million d’euros promis par Fleur Pellerin… Vous allez avoir des finances comme jamais à Charlie ! » L’avocat en sait quelque chose : c’est lui qui a créé les statuts du journal, et qui fait les assemblées générales du titre. Ces derniers mois, l’hebdo avait fait un appel aux dons pour tenter de renflouer les caisses du titre, mal en point.

« Bon, on fait le journal ?, demande Gérard Biard, qui a visiblement envie d’en découdre. Qu’est-ce qu’on met dans les pages ? » « J’sais pas, y’a quoi comme actu ? », lance Patrick Pelloux. Fou rire nerveux. Biard reprend : « Moi je serais pour faire un numéro, entre guillemets, normal. Que les lecteurs reconnaissent Charlie. C’est même pas un numéro exceptionnel. » « Même pas mal ! » lance quelqu’un autour de la table. Certains évoquent l’idée de laisser des espaces blancs là où les morts de mercredi auraient dû écrire ou dessiner. Mais finalement, l’équipe est contre. « Je ne veux pas qu’il y ait matériellement un vide, argumente Gérard Biard. Il faut qu’ils soient tous là, dans les pages. Et Mustapha aussi. » Mustapha Ourrad, le correcteur, fait partie de la longue liste des tués de l’attentat de mercredi. « Alors laissez mes fautes ! », rigolent Patrick Pelloux et les autres.

« Ah tiens ! Fidel Castro est mort ! », tonne Luz en faisant des doigts d’honneur, découvrant l’info (qui sera vite démentie) sur son téléphone. Le reporter Laurent Léger tente de recentrer le débat sur le journal : « Je pense qu’il ne faut pas qu’on fasse des nécrologies, on va pas faire un numéro hommage. » La rédaction discute du contenu du journal. Gérard Biard : « J’espère qu’on va arrêter de nous traiter de laïcards intégristes, qu’on va arrêter de dire « oui, mais » à la liberté d’expression. » Laurent Léger : « Je pense qu’on peut aussi dire qu’on a été très seuls ces dernières années. » Luz : « Il faut aussi que ce numéro parle de l’après. » Corinne Rey : « Qu’on fasse passer le message qu’on est vivants ! » Richard Malka : « Et qu’on ne laisse pas de côté la critique des religions. »

Charlie Hebdo est un curieux journal : il ne compte pas vraiment de rubriques, mais des «espaces» attribués à tel auteur, à tel dessinateur. Pour ceux des défunts, l’équipe décide de dénicher des inédits à publier. Ainsi, dans le numéro qui sera en kiosque mercredi, il y aura du Charb, du Cabu, du Wolinski, du Honoré… Pendant les discussions, il y a des sanglots ici, ou là, comme des feux de brousse qui s’allument pour s’éteindre ensuite dans les bras du voisin. Il y a des mains saisies et des regards mouillés.

Richard Malka s’éclaircit la voix : « Manuel Valls vient d’arriver dans les locaux ». L’équipe soupire, s’éparpille, bavarde. Accompagné de la ministre de la culture et de la communication Fleur Pellerin, qui arbore un autocollant « Je suis Charlie » sur la poitrine, et de toute une meute de journalistes extérieurs, assistants, et communicants, le premier ministre vient serrer la main des présents, lâchant quelques infos sur l’intervention en cours à Dammartin-en-Goële – « Les deux assassins sont dans la souricière » – avant de leur souhaiter « plein de courage ».

Biard hasarde : « C’est bon y a plus de journalistes ? Y a plus de ministres ? Pour la page 16 on fait quoi ? » Sa question se perd dans le bruit des canettes de Coca qu’on ouvre, des pains au chocolat qu’on grignote, des pleurs qu’on étouffe, des sirènes de police, dehors. Dans son coin, Patrick Pelloux se marre : « C’est donc une vraie conférence de rédaction, c’est le bordel, on est bien repartis ! »

Isabelle Hanne,

Lire l’article sur Libération : http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2015/01/09/charlie-s-installe-a-libe-bon-on-fait-le-journal_1177043

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :